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EN AUSTRALIE, l'huile de tea-tree occupe une place de choix dans la médecine populaire aborigène comme dans la
culture blanche. Avant même que les scientifiques ne songent à étudier ses propriétés en laboratoire, elle
jouissait d'une telle réputation que, pendant la Seconde Guerre mondiale, les soldats australiens en conservaient
toujours dans leur trousse de secours pour se prémunir des piqûres d'insectes et des infections.
Puis les antibiotiques modernes l'ont peu à peu détrôné. Mais, tandis que l'on s'inquiète de la
surconsommation d'antibiotiques, et surtout de l'apparition de germes gui leur sont résistants, l'essence de
tea-tree connaît un regain de popularité.
Moins chère que les molécules de synthèse des laboratoires pharmaceutiques, elle est en vente libre et, excepté de
rares réactions allergiques, on ne lui connaît aucun effet secondaire indésirable. Pourtant, les scientifiques
commencent tout juste à s'y intéresser sérieusement.
Quelle est donc cette substance capable d'exterminer aussi bien bactéries que parasites?
Une équipe du département de microbiologie do l'université d 'Australie-occidentale, a Perth, se consacré ainsi à
l'étude du tea-tree.
"Il y a encore quelques années," confie le D`Christine Carson, "Melaleuca alternafolia n'était absolument pas
mentionné dans les revues médicales et scientifiques. Ce qui explique le scepticisme des médecins. Mais nous avons
depuis lors rehaussé de nombreuses expériences en laboratoire et obtenu des résultats spectaculaires en tests in
vitro. C'est un anti-infectieux à large spectre, ce qui signifie qu'il peut détruire n'importe quel type de
microbes - bactérie, virus ou champignon".
Comment se fait-il que l'huile essentielle de tea-tree puisse s'attaquer à un aussi large éventail
d'agents infectieux? "Nous pensons qu'elle agit de la même façon sur tous ces micro-organismes, en
contaminant l'intégrité de leur membrane, ce qui les empêche purement et simplement de fonctionner", explique
Christine Carson.
Comment expliquer alors, malgré ses vertus, le peu d'intérêt scientifique que suscite cette substance
au-delà des frontières australiennes? Par le manque de crédits. Les laboratoires pharmaceutiques dépensent
des millions pour leurs essais cliniques, puis déposent un brevet sur les molécules éprouvées, s'assurant ainsi le
monopole de la substance, qui leur rapportera de gros bénéfices pendant une vingtaine d'années. Or il est
impossible de faire breveter une huile essentielle utilisée depuis de millénaires, à moins qu'elle n'entre dans la
composition d'un produit original et nouveau.
Pour savoir comment ce vénérable remède est produit aujourd'hui, j'ai rendu visite à Christopher Dean, qui a
repris la plantation d’arbres à thé de ses parents. La propriété familiale est située à quelque 800 kilomètres au
nord de Sydney, en zone humide subtropicale.
"Les feuilles sont d'un vert extraordinaire", s'émerveille mon hôte. "Elles dégagent une énergie
spéciale. Quand on se promène entre les arbres, on sent flotter une légère odeur, mais on ne découvre
vraiment son parfum frais et capiteux qu'en cassant une feuille : camphré, il rappelle celui de l'eucalyptus, mais
avec un soupçon de muscade".
Une fois extraite de la feuille, l'huile est recueillie dans des cuves d'acier isolées par une couche d'azote
pour la protéger de tout contact avec l'air ou la lumière. Dans ces conditions, elle peut se conserver pendant 10
ans. Christopher précise qu'elle risque de perdre de son efficacité si elle n'est pas vendue en magasin dans des
contenants de verre opaque, entreposée à l'abri de la lumière à la maison et utilisée rapidement une fois
ouverte.
Pour les descendants des hommes qui ont découvert ses propriétés, le succès de l'arbreà thé est une manne.
Depuis quelques années, plus de 200 millions de mélaleuques a feuilles alternes ont été plantés dans la Nouvelle
Galles du Sud, et certaines de ces plantations sont gérées, par et pour des communautés aborigènes.
Ce repeuplement a par ailleurs eu des retombées écologiques sur la région: la culture de l'arbre a thé a rétabli
les conditions climatiques tropicales qui régnaient avant l'avènement de l'agriculture, attirant ainsi plusieurs
espèces animales, de la chauve-souris a l'opossum, en passant par les serpents et toutes sortes d'oiseaux, dont le
perroquet et le rarissime flûtiste balancé, au cri perçant si caractéristique.
"Pendant plus d'un siècle, les fermiers de la région se sont évertués à se débarrasser des arbres à thé qui
poussaient à l'état sauvage", regrette Christopher Dean. "Ils les ont arrachés. Il y avait certes un marché pour
l'huile de tea-tree, mais la présence des arbres les empêchait de cultiver des produits qui leurs semblaient à
l'époque vraiment modernes et lucratifs, comme le soja ou la canne à sucre. La tendance s'est inversée. "
Gilles Gauthier
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